Salière, poivrière, moutardier : histoire et guide pour bien les choisir

Ensemble salière, poivrière et moutardier en cristal et métal argenté sur napperon de lin blanc, arts de la table élégants

Ils sont si discrets sur la table qu'on ne les remarque presque plus. Et pourtant, la salière, la poivrière et le moutardier racontent à eux seuls plusieurs siècles d'orfèvrerie française, d'étiquette et de raffinement. Depuis le sel précieux du Moyen Âge jusqu'aux pièces fantaisie du XIXe siècle, ces petits accessoires ont toujours occupé une place de choix sur les plus belles tables. Voici leur histoire, et comment les choisir avec soin.

La salière : du trésor royal à l'accessoire de table

Au Moyen Âge, le sel est une denrée rare et chère, soumise à un impôt appelé la gabelle. Il possède aussi une valeur symbolique et religieuse forte. C'est pourquoi les salières médiévales sont de véritables objets de prestige : en or, incrustées de pierres précieuses, ornées de symboles sacrés.

À partir du XVIe siècle, la salière se désacralise et s'orne de décors marins : dieux des mers, poissons, coquillages. Cette veine trouve son apothéose dans le style rocaille. Marie-Antoinette lance la mode des salières en cristal bleu serties dans une monture en argent ajourée, accompagnées d'un moutardier coordonné. Au XIXe siècle apparaît la salière dite "Cérébos" : un petit contenant en cristal uni pourvu d'un bouchon en métal percé de trous, ancêtre directe de celles que l'on retrouve encore sur les tables de bistrot.

La poivrière et le moutardier : deux siècles de fantaisie

Depuis le XVIIIe siècle, sel et poivre se présentent ensemble dans une salière double, composée de deux récipients jumeaux en argent ou en verre insérés dans une monture commune. Le moulin à poivre de table en cristal ou en argent n'apparaît quant à lui qu'au XIXe siècle.

Le moutardier a une histoire encore plus savoureuse. Au XVIIIe siècle, la moutarde était vendue dans la rue dans des barils sur des brouettes, ce qui explique pourquoi les premiers moutardiers de table, apparus vers 1752, sont en forme de barillet. L'exemple le plus célèbre : la paire de moutardiers en argent de la marquise de Pompadour, signée de l'orfèvre Antoine-Sébastien Durand, représentant un amour transportant un baril sur une brouette délicatement ciselée.

Au XIXe siècle, le moutardier se présente sous la forme d'un petit baquet en cristal transparent ou bleu foncé, inséré dans une structure en argent très travaillée, pourvu d'un couvercle à charnière et d'une anse latérale, souvent muni d'une encoche pour la mini-cuillère.

Moutardier en cristal et métal argenté avec cuillère, salière et poivrière anciens sur table dressée élégamment

La fantaisie du XIXe : quand salières et moutardiers s'amusent

À partir de la fin du XIXe siècle, salières, poivrières et moutardiers perdent leur caractère conventionnel pour entrer dans l'ère de la fantaisie totale. Les faïenciers et les porcelainiers abordent tous les thèmes : fruits, légumes, crustacés, animaux, personnages de métiers. Ces pièces font aujourd'hui le bonheur des chineurs, car leur cote reste stable selon les experts. 

Huiliers et vinaigriers : les grands oubliés de la table élégante

C'est Gabrielle d'Estrées, favorite d'Henri IV, qui aurait eu la première l'idée de faire figurer le vinaigre sur la table. La première version du duo s'appelle la guédoufle : deux récipients en verre ou en cristal dont les cols s'enroulent et sont réunis sur une cuvette ovale stable.

À la période rocaille, les huiliers et vinaigriers deviennent des plateaux ovales munis de montures ajourées, avec des décors de vignes et d'oliviers qui soulignent leur fonction. Sous Louis XVI, les burettes passent au cristal bleu, posées sur des plateaux en argent finement ouvrés. Au XIXe siècle, les ménagères à condiments apparaissent : un support en métal regroupant huile, vinaigre, sel, poivre, sucre en poudre, et parfois même de la moutarde, toutes coordonnées dans un même esprit.

Aujourd'hui, l'huilier-vinaigrier revient en grâce sur les tables contemporaines, notamment dans les versions en verre soufflé avec bouchon en liège ou en acier inoxydable. Sur une table élégante, il se pose toujours sur un petit plateau coordonné pour protéger la nappe des coulures.

À noter : les beaux huiliers-vinaigriers anciens en argent ou en cristal taillé sont plus chers et plus rares, mais avec de la patience, il est possible de trouver un support seul et de dénicher ensuite les burettes qui s'y adaptent.

Huilier et vinaigrier anciens en cristal taillé et métal argenté avec burettes coordonnées sur plateau, arts de la table

Comment bien choisir sa salière et sa poivrière

Quelques critères simples guident le choix d'une salière et poivrière de qualité.

La matière définit l'ambiance de la table. Le cristal taillé ou le verre transparent s'intègrent à tous les styles. La porcelaine fine coordonnée à votre service crée une harmonie parfaite. Le métal argenté apporte une touche d'orfèvrerie qui valorise même les tables les plus simples. La faïence colorée convient davantage aux tables conviviales et champêtres.

La manipulation est souvent négligée : vérifiez que les trous de la salière sont bien dimensionnés pour le type de sel utilisé, et que le bouchon pour la recharger s'ouvre facilement. Pour une grande réception, prévoyez une paire par deux à trois convives.

La coordination avec le reste de la table : la règle d'or est la cohérence de matière. Une table en porcelaine blanche gagnera des salières en porcelaine ou en cristal. Une table en métal argenté appellera des pièces dans le même esprit. Pour une table mélangée, le cristal transparent est la valeur sûre universelle.

Vos questions sur les salières, poivrières et moutardiers

Quelle différence entre une salière et une poivrière ?

La principale différence tient au nombre et à la taille des trous : la poivrière a des trous plus petits et plus nombreux que la salière, car le poivre a des particules bien plus fines que le sel. Sur les modèles anciens en métal, la salière porte souvent la lettre S et la poivrière la lettre P pour éviter toute confusion.

Faut-il un moutardier sur toutes les tables ?

Non. Le moutardier se pose uniquement quand la moutarde est au menu, traditionnellement avec les viandes froides ou les plats en sauce. Sur un dîner formel sans plat appelant la moutarde, il n'a pas sa place.

Peut-on mettre n'importe quel sel dans une salière en métal argenté ?

Il vaut mieux éviter les sels humides ou aromatisés (au citron, au piment) dans les salières en métal argenté : l'humidité et l'acidité accélèrent le ternissement. Préférez un sel fin et sec, et rincez la pièce après usage.

Comment coordonner salière et poivrière avec le reste de la table ?

Choisissez la même matière que votre vaisselle principale, ou optez pour le cristal transparent qui s'accorde à tous les styles. Sur une belle table formelle, transvasez toujours les condiments dans leurs contenants dédiés : laisser un flacon en plastique sur la table est un impair rédhibitoire.

Retour au blog